Premiers résultats de la campagne glyphosate!

Une étude scientifique montre une contamination généralisée des Français par le Glyphosate.

Des citoyens concernés par la question de la contamination par les pesticides et les risques pour la santé ont eu l’idée de faire rechercher le glyphosate (l’herbicide le plus utilisé, suspecté d’être cancérigène pour l’homme par les experts du CIRC de l’OMS), dans leurs urines. Tous se sont avérés contaminés. Ils ont alors créé l’association Campagne Glyphosate France à l’échelle de notre pays. L’un des objectifs, en ciblant le glyphosate, bien connu du grand public, en tant que marqueur des pesticides, était d’estimer les niveaux de contamination des citoyens par des pesticides. Un comité scientifique a été constitué avec des membres indépendants de la communauté scientifique et médicale pour conduire l’étude. Ainsi, entre juin 2018 et janvier 2020 une campagne de recherche de glyphosate dans les urines des citoyens a été organisée sur le territoire français par cette association. 175 séances de prélèvements ont permis d’analyser les urines de personnes provenant de 84 départements français, dont l’île de la Réunion. Au total, 6848 prélèvements ont été effectués sous contrôle d’huissier, puis analysés par le laboratoire allemand Biocheck. Les résultats de l’étude seront publiés dans la revue scientifique spécialisée Environmental Science and Pollution Research (ESPR), en janvier 2022

Les résultats obtenus montrent une contamination générale, avec un taux de glyphosate quantifiable pour 99.8 % de la population française testée et un taux moyen de 1,19 ng/mL. Ces résultats pour la France sont en accord avec d’autres données d’études réalisées dans d’autres pays, en particulier européens (Knudsen 2017 ; Conolly 2018 ; Ferreira 2021)

Lors du prélèvement, chaque participant avait rempli un questionnaire afin de rechercher d’éventuels liens entre le niveau de contamination par le glyphosate et différents facteurs tels que les caractéristiques biologiques, les habitudes alimentaires, l’exposition professionnelle, le mode de vie, les saisons …

En résumé, nos résultats, publiés dans la revue Environmental Science and Pollution Research

1) confirment des résultats connus

– des taux plus forts chez les hommes, comme l’avaient déjà révélé d’autres études (Conrad, 2017), ainsi qu’une diminution du taux avec l’âge, phénomène déjà observé (Curwin, 2007 ; Fagan, 2020).

– des taux plus forts chez les agriculteurs, résultat établi depuis de nombreuses années (Acquavella, 2004 ; Curwin, 2007 ; Conolly, 2017, 2018 ; Perry, 2019).

– des taux plus faibles chez les personnes consommant essentiellement des produits de type bio ou autres labels, comme révélé par d’autres auteurs (Baudry, 2019 ; Fagan, 2020)

2) confirment des résultats suspectés

– parmi les agriculteurs, des taux plus forts chez les viticulteurs. L’utilisation intensive des pesticides dans les vignobles est connue (Agreste, 2020), mais on n’avait pas encore montré une contamination plus élevée chez les viticulteurs.

– des taux plus forts chez les fumeurs. Il est connu que le glyphosate est utilisé comme dessicant peu de temps avant la récolte du tabac, mais à notre connaissance aucune étude n’avait montré l’impact sur les fumeurs.

3) montrent des résultats nouveaux

– des taux plus forts au printemps et en été, ce qui conforte des études montrant le même phénomène à la surface d’eaux douces (Byer, 2008) ou d’eaux souterraines (McManus, 2014).

– des taux plus forts pour les consommateurs d’eau du robinet, de source naturelle ou de puits (ceci ne concerne pas l’eau en bouteille, qu’elle soit étiquetée eau de source ou eau minérale)

– des taux plus faibles chez les personnes consommant de l’eau filtrée

En conclusion, nos résultats contribuent à la description d’une contamination généralisée au glyphosate de l’échantillon testé de la population française et soulèvent la question de la pérennité d’un usage très généralisé des herbicides à base de glyphosate, et plus généralement de tout autre pesticide.

Référence de l’article :

Titre : Quantifiable urine glyphosate levels detected in 99% of the French population, with higher values in men, in younger people, and in farmers

Auteurs : Daniel Grau, Nicole Grau, Quentin Gascuel, Christian Paroissin, Cécile Stratonovitch, Denis Lairon, Damien A. Devault, Julie Di Cristofaro

Journal : Environmental Science and Pollution Research (ESPR)